COMMUNIQUÉ d’ETA AUX CITOYENS ET CITOYENNES ET INSTITUTIONS EUROPÉENNES
Mesdames, Messieurs les représentants des Institutions européennes, citoyennes et citoyens européens,
Le 11 juin 1995, ETA s’adressait à l’opinion publique européenne pour la première fois. À cette occasion, l’organisation précisait les grands axes de la proposition de paix connue sous le nom de l’Alternative Démocratique publiée à peine quelques mois auparavant. De plus, ETA appelait tous les partenaires sociaux européens à faire pression sur le Gouvernement espagnol afin de forcer un changement sur son attitude intransigeante.
Sept ans plus tard, le Gouvernement espagnol préside les institutions de l’Union Européenne. La réunion de Sevilla (Andalucía) entre les hauts dignitaires européens donnera fin à la présidence espagnole.
Le fascisme espagnol, le jacobinisme français, l’édification européenne et la Globalisation : Euskal Herria est sur la ligne de mire.
Le conflit qui oppose Euskal Herria avec l’Espagne et la France se maintient dans les mêmes paramètres. Il y a eu des changements dans les institutions gouvernementales françaises et espagnoles et la construction européenne, quant à elle, a connu un bel essor. Or, en retour, il n'y a pas eu le moindre indice afin de soulager l’oppression et la colonisation que l’on fait subir à Euskal Herria.
Au contraire, le Gouvernement espagnol a imposé une situation d’Etat de siège : certains quotidiens ont été fermés, les interpellations arbitraires se sont multipliées, certaines organisations politiques et associations populaires ont été déclarées illégales, la pratique toujours inhumaine de la torture est légalisée. En Europe et sous l’excuse des attentats du 11 septembre, le Gouvernement espagnol a voulu chercher une collaboration sans faille de la part des Institutions européennes à l’encontre de la résistance basque. Au niveau mondial enfin, par le biais de la puissance économique espagnole et comme à l'époque de l’impérialisme le plus virulent, l’Espagne a accentué ses pressions sur les pays de son "influence". Le fascisme et la réorganisation de l’Empire sont, aujourd’hui, les grands axes qui marquent la politique espagnole.
L’un des seuls changements perçus depuis lors est la vitesse à laquelle file l’ère que l’on nomme celle de la Globalisation. En fait, la construction européenne ne constitue qu’une des parties du puzzle obéissant aux exigences du renouvellement économique au niveau mondial. Mercantilistes par excellence, les Institutions européennes semblent céder la place au miroir que représente l’Europe sociale, un miroir brisé, certes. Autrement dit, une fois établi et consolidé les fondements du marché unique européen, on commence à édifier l’habitat social que les notables ont délaissé aux citoyens. Aujourd'hui, il est évident que la construction européenne n’a eu d'autres vitesses que celle imposée par le capital et ses besoins financiers. Depuis longtemps déjà, on a délaissé l’Europe qui devait être celle des citoyens, celle de la charte sociale, celle des Peuples enfin.
Par ailleurs, comme l’affirment les propres Instituions européennes, le divorce entre ces dernières et les citoyens est de plus en plus flagrant, et pour y remédier, elles prennent des mesures concrètes. Concernant Euskal Herria, et plus précisément le secteur populaire qui lutte pour défendre les droits élémentaires qui lui sont dus, des mesures d’un tout autre ordre sont envisagées. L’espace Schengen pour le contrôle policier, la loi Watson et le droit de véto de la France et l’Espagne constituent des exemples parmi tant d’autres. En d’autres termes, la perspective de la solution répressive face à la solution politique.Voilà la réalité.
Ainsi, les citoyens basques ne forment qu’une société de seconde classe dans les filets institutionnels tissés par la monarchie parlementaire espagnole et la République française et nos droits continuent à être saisis. En effet, nous vivons dans une société et un engrenage politiques dans lesquels il est permis d'émettre ses pensées, mais, en retour, ce même système politique nous ôte le droit de décider librement. Qui plus est, d’après les lois que l’Espagne veut imposer d’ici peu, le citoyen basque n’aura même plus le droit d’exprimer ce qu’il pense!
Euskal Herria n’a aucun avenir en cette Europe des Etats. Certes, de belles phrases ont été prononcées et dans les discours officiels, beaucoup de droits dits "démocratiques" sont recueillis, mais la construction européenne de ces dernières années nous a bel et bien rappelé qu’il nous serait interdit de penser et de vivre en tant que peuple. La grandeur faussée et l’égalité bannie de la République française, ainsi que le label démocratique consenti à l’Espagne durant ces vingt dernières années par l’Europe constituent des preuves suffisantes à cet égard. Dans les réserves indigènes édifiées pour l’occasion, d'un sourire astucieux, on nous a inculqué que nous étions les candidats idéaux pour les cartes postales destinées aux touristes et pour les livres de l'Histoire, on nous a répété que nous avions des « droits ». Des droits limités dans des espaces géographiques désignés à l’avance. Jusqu’à présent, la ségrégation "démocratique" est le brillant avenir que les différents Gouvernements français et espagnols ont réservé à Euskal Herria.
Par contre, il ne faudrait pas oublier que l'avenir de la République française et de la « démocratie » espagnole a été conçu, aussi, sur le dos des citoyens basques. Combien de centaines de combattants sont-ils ceux qui, appartenant à la résistance basque contre le nazisme, ont sacrifié leur vie? Combien de milliers sont-ils les morts pendant la guerre contre le fascisme espagnol? En retour, l’oppression a été le seul versement effectué. L’insulte aussi.
Ce sont les Gouvernements français et espagnol qui s’obstinent à marcher contre le sens de l’Histoire.
ETA réaffirme sa proposition de conduire le conflit dans des paramètres démocratiques : l’Alternative Démocratique.
ETA a maintes fois exprimé qu’il y a des possibilités réelles pour surmonter la situation d’oppression et le conflit armé. Au lieu d'émettre de simples allusions sur le sujet, ETA a réalisé des propositions concrètes tout au long de ces quarante années.
Nous le disons sans ambiguïté, les buts stratégiques d’ETA se résument autour de deux concepts qui sont l’indépendance et le socialisme, mais afin de surmonter le conflit armé, l’organisation a su proposer des alternatives bien encrées dans la réalité. ETA ne parlera jamais au nom du peuple basque. Les militants d’ETA n’ont jamais été des "terroristes". Tous sans exception, sont des citoyens basques parfaitement intégrés dans la société. Aujourd’hui, ETA pratique la lutte armée en faveur des droits légitimes et élémentaires d’Euskal Herria, et lorsque ces droits seront assurés, comme nous l’avons maintes fois affirmé, ETA respectera la décision souveraine du peuple.
Le droit à l’Autodétermination et la Territorialité. Ces deux concepts, ajoutés à la garantie d'un Processus Démocratique, constituent la condition de base afin de surmonter le conflit armée. Rappelons-le, le principe de l’Alternative Démocratique repose sur un concept bien précis : "Donner la parole au peuple. Et la respecter". Là, et nulle part ailleurs, se trouve la clé pour la paix.
Cependant il faut se souvenir que, en 1997, toute la direction de la coalition politique de Herri Batasuna fut emprisonnée par le bras judiciaire et répressif du Gouvernement espagnol. Le seul crime fut d'entreprendre une campagne de socialisation de l'Alternative Démocratique dirigée à la société basque.
Que doit-on donc attendre des sentiers dits "démocratiques" que nous présentent nos deux Etats voisins? C’est la question que nous voudrions vous poser, à vous, Institutions et citoyens/nes d'Europe. À l'époque où la structuration politique et juridique de l'Europe nouvelle est engendrée, les Institutions qui la dirigent devraient avoir conscience de l'impossibilité de l'édification européenne si, au préalable, elles ne répondent pas aux différents litiges et conflits existants en son sein avec l’audace politique requise pour la situation. Cette responsabilité est aussi la vôtre.
ETA réaffirme aux Institutions européennes, aux forces vives de la société et aux citoyens/nes de toute l’Europe sa volonté pour surmonter le conflit armé. Que les citoyens basques, sans aucune pression, discutent, réfléchissent et s’expriment sur leur avenir, qu’ils méditent sur la place qu’ils voudraient avoir en Europe.
Cependant, aussi longtemps que l’on condamnera Euskal Herria à une mort certaine, ETA continuera à lutter.
Avec la même volonté exprimée lors des propositions concrètes afin d’acheminer le conflit armé dans des sentiers démocratiques, ETA déclare sans ambiguïté que, aussi longtemps que les Etats oppresseurs se maintiendront sur leur attitude de refus catégorique et de prépotence, la lutte est la seule voie possible.
Il en sera ainsi aussi longtemps que les droits politiques nous seront niés et aussi longtemps que la volonté et la culture politique de la négociation et de la discussion seront inexistantes. Aujourd'hui, la justice espagnole veut interdire les associations populaires et les organisations politiques et elle ne présente aucune volonté pour punir les exactions faites aux droits de l’homme et la torture. Aujourd'hui, les médias gangrénés et adulateurs du pouvoir sont les seuls détenteurs de la vérité, l'unique vérité. Ne nous y trompons pas. Aussi longtemps que le fascisme persistera ETA continuera à combattre comme il l'a fait tout au long de ces quatre dernières décennies, c’est à dire, en pratiquant aussi la lutte armée. Car, se défendre est un droit inaliénable.
Pour un monde diversifié et édifié sur les bases d’une société plus juste. Que chacun soit maître de son destin.
Avant de conclure, nous voudrions rendre l'hommage le plus sincère à tous ceux qui, à travers le monde, continuent de combattre l’injustice.
C’est le combat contre l’injustice et le rêve d’une société plus juste qui nous unit. À vous tous, pas d’adieux!
Aux Institutions européennes et aux partenaires sociaux.
ETA fait appel aux Institutions européennes pour qu’elles agissent sur les Gouvernements français et espagnol afin de permettre un changement dans leurs attitudes intransigeantes.
ETA invite tous les partenaires sociaux à Euskal Herria afin de rencontrer toutes les forces vives de la société basque. Ainsi, ils pourront analyser la situation dans son ensemble qui leur permettra de divulguer un point de vue basé sur une réalité bien précise. Malheureusement, la majorité des médias européens ne dévoilent que les versions de leurs homologues Espagnols gangrénés par le pouvoir.
Ainsi nous pourrons avancer d’une situation de conflit armé vers un processus basé sur des paramètres démocratiques. Il est temps que chacun agisse avec responsabilité. ETA a assumé celle qui lui revient depuis longtemps déjà.
LIBERTÉ POUR EUSKAL HERRIA! VIVE EUSKAL HERRIA SOCIALISTE!!
Au Pays Basque, le 11 juin 2002
Euskadi Ta Askatasuna
E.T.A
Annexe:
L’ALTERNATIVE DÉMOCRATIQUE:
« Donner la parole au peuple. Et la respecter. »
Pour surmonter le conflit politique qui oppose Euskal Herria et l’Etat espagnol les citoyens doivent avoir leur mot à dire. Seule la société basque pourra régler ses problèmes, c’est elle qui doit avoir la faculté de décider de son futur. La tâche majeure de ETA est de lutter pour que ce droit puisse être exprimé et respecté. Ainsi, elle doit donner lieu à l'accès et aux minimums de garanties afin de permettre aux citoyens de décider librement.
Cette alternative démocratique pour Euskal Herria différencie deux cadres de négociations bien précis : l’un concerne ETA et le Gouvernement espagnol; L'autre est celui qui correspond à tous les citoyens d’Euskal Herria à travers un processus démocratique sans entrave aucune, et avec la faculté de pouvoir décider entre toutes les options.
THÈMES À ACCORDER AVEC L’ETAT ESPAGNOL:
La condition de base pour que ce processus puisse avoir lieu est que tous les citoyens basques aient la possibilité d’y participer sans aucune pression. Par conséquent, une Amnistie générale sans conditions est indispensable, facilitant à cet égard la libération de tous les prisonniers politiques (tous ceux emprisonnés en Espagne, en France, et ailleurs) et le retour de tous les exilés et clandestins. Il est essentiel, par ailleurs, de mettre en place des mesures qui annulent l’influence des forces armées espagnoles.
THÈMES À DÉBATTRE ET À ACCORDER PAR LA SOCIÉTÉ BASQUE:
Pendant le processus démocratique il y aura des matières qui sont du ressort exclusif des citoyens basques. Toute la société, c'est-à-dire les syndicats, associations, mouvements sociaux, organisations politiques, et institutions, doit y participer afin d’établir les différentes possibilités, les thèmes à discuter, et les centres de décisions. Tout au long de ce processus il faudrait, au minimum, discerner les sujets suivants:
Si l’Etat espagnol admet les points à accorder entre les deux parties, ETA proclamerait un « cessez-le-feu » afin d’enclencher le processus démocratique qui devra se dérouler à Euskal Herria.
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